Togo /Bénin : Médias en ligne VS institutions de régulation

Togo /Bénin : Médias en ligne VS institutions de régulation

Véritable secret de polichinelle. Au Togo comme au Bénin (deux pays voisins), les institutions en charge de la régulation des médias semblent vouloir s’engager dans un duel avec les médias en ligne. Si les uns parlent de « règlementation » d’un secteur devenu aujourd’hui un fourre-tout, d’autres se moquent bien comme de l’an quarante. Et chacun a ses raisons. Internet étant un univers régi par des droits mais au même moment « libre » de toute contrainte géographique, l’on se demande ce qu’il en sera pour les années à venir.

Facile de fermer un média classique

Vouloir réglementer la Presse dans son ensemble est à priori une décision tout à fait normale.  Autrement dit, il faut parfois mettre de l’ordre là où le désordre s’est érigé en maître absolu et indéboulonnable. Les médias classiques ont  une localisation précise, des locaux bien identifiés, une autorisation d’émission signée sinon approuvée, un personnel composé de professionnels toute catégorie confondue, des matériels de travail dans la limite des moyens, et tout le reste. Avec la télévision ou la radio, il est facile de chercher à avoir des renseignements sur les administrateurs, actionnaires et tous ceux qui collaborent de près ou de loin avec le média concerné.  Ils sont soumis directement aux codes de la Presse  et de la Communication de leurs pays.

De même, en cas d’abus, d’exagération ou de toute autre erreur passible de sanctions, les têtes n’hésitent pas à tomber.  Le monde a suivi avec attention la fermeture au Togo  du Groupe Sud Média au Togo (LCF et City FM) en 2017 ou encore de 7 médias au Bénin en 2016  parmi lesquels se trouvent  la radio Soleil FM, et les chaînes de télévision E-Télé, Sikka TV, la Chrétienne TV, Eden TV, Unafrica TV et La Béninoise.

Où se trouve la Presse en ligne ?

Des observateurs aguerris ont reconnu que la toute première difficulté se trouve au niveau de la définition. Tout un méli-mélo sans sucre ni sel s’installe. La Presse en ligne regroupe-t-elle les sites d’informations avec nom de domaine personnalisés (ex : www.techenafrique.com) ? Est-il possible de prendre en compte les blogs hébergés sous WordPress par exemple ? Peut-on y inclure les sites des associations, des ONG, institutions qui donnent aussi régulièrement des informations sur leurs produits, activités et services ? Autant de questions qui, à ne point douter risque de diviser ceux qui s’aventurent dans ce débat. Le terrain est assez sensible pour des  aspects géographiques.

Plus loin encore, il convient de se poser des questions sur la situation géographique de ces nouveaux médias. Pour la plupart sans localisation précise, les petites entreprises de Presse en ligne végètent dans un dénuement qui ne dit pas son nom. A partir d’un téléphone Android, un ordinateur et peu importe le lieu, des sites sont mis à jour en une fraction  de seconde même depuis les lieux de reportage.

 

Pour Christian Ahebla, journaliste et promoteur de C plus TV, une des plus dynamqiues télévisions en ligne au Togo, le problème va se poser au niveau des vocables. Demander aux presses en ligne de se  déclarer et vouloir autoriser les Web TV/ Web radio supposent que les uns doivent signaler leurs existences et les autres, démontrer le motif réels de leurs existences. «Ce sont les particularités subjectives qu’on peut relever dans le contenu de ce communiqué. Les Web Tv produisent également du texte. C’est un aspect à prendre aussi en compte. Nous croyons que des discussions vont s’engager pour plus expliquer les fondements de ces décisions », a t-il précisé.

Sites sans nationalités

Dans la majeure partie des cas, les sites sont créés par des Togolais ou Béninois résidant au pays ou pas.  Même réalité pour les autres pays du continent. Ils les hébergent où ils veulent ou peuvent : France, Etats-Unis et la liste est longu Enfin, c’est sans ! Cela ne signifie en rien qu’il faut essayer d’attribuer une nationalité à un site donné. Ce n’est pas parce qu’un site est conçu par un Togolais de nationalité que le site est togolais. De surcroît, hébergé ailleurs, ce site est déjà épargné à priori de toute censure provenant d’une quelconque institution de régulation.

En décembre 2017 au Bénin, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) avait intimé l’ordre aux médias en ligne de cesser leurs activités jusqu’à nouvel ordre. « Cette mesure de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication n’épargne aucun des médias en ligne du Bénin qui sont, pour la plupart, hébergés en Europe ou en Amérique », ont commenté nos confrères de Benin Web TV.

A Togo, la HAAC a introduit le débat en annonçant qu’elle confère «à la presse en ligne   une existence légale» mais engage un autre joute virtuelle sur leur enregistrement. Le point qui fait mouche est celui où il est demandé aux promoteurs de prendre les dispositions nécessaires en vue de la régularisation de leurs médias. « Les organes de presse écrite en ligne  sont soumis à une déclaration auprès de la HAAC, tandis que les organes de presse audiovisuel (Web Radio, Web TV) sont soumis à une autorisation », informe l’instance de régulation . Pour ne pas tendre vers un bras de fer, des solutions durables doivent être envisagées hic et nunc pour dire ici et maintenant.

Approches de solutions

Afin de ne pas verser dans la provocation de l’une ou de l’autre partie, chacun doit revenir à la case départ en essayant de comprendre le bien-fondé de la démarche de l’autre. Il serait recommandable de voir de jeter un regard objectif sur ces propositions. La HAAC, au Togo ou au Bénin doivent proposer des garanties alléchantes aux médias en ligne de leurs pays respectifs sans quoi les lignes risquent de ne pas bouger. Il faut arriver à montrer les multiples avantages que confèrent l’enregistrement sinon la reconnaissance officielle d’un média en ligne avant de vouloir l’identifier par rapport à un pays et de médias togolais ou béninois . Au fil du temps, ce débat devra se reposer avec tact pour faire adhérer un maximum de personnes car cela y va de la professionnalisation de la Presse dans son ensemble. Sans aucune approche concensuelle , le statut quo va s’éterniser. Des sites à vocation panafricaine qui ne s’intéressent pas à l’actualité  d’un pays spécifique mais du continent pourront envisager de se faire légaliser ailleurs que dans le pays d’origine du promoteur.

Un dossier proposé par Assou Afanglo

assou.afanglo@techenafrique.com

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